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Le vendredi 18 mai 2012
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Quand la littérature rencontre Twitter

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Le sonnet est une forme de poésie qui se compose en 14 vers. L’alexandrin espagnolcomprend 14 syllabes. Quatorze fois 10 est égal à 140. Sur la plateforme Twitter, les usagers ne peuvent dépasser la limite de 140 caractères. Composer des phrases qui ont un sens à l’intérieur de cette restriction est le défi quotidienque des amoureux de la langue française se sont lancé en pratiquant la twittérature.

Jean-Michel_Le_Blanc«Si Twitter en arrive à tout véhiculer : le sensuel, l’insolite,l’irréel, le brut, sa forme et le laid, alors ça devient de la twittérature», peut-on lire sur le compte twitter du fondateur de l’Institut de twittérature comparée, Jean-Yves Fréchette aussi connu sous son nom de plume, Pierre-Paul Pleau.

«La twittérature c’est de la littérature minuscule, indique le fondateur.C’est un médium à l’intérieur duquel on est libre de s’exprimer, comme dans une dissertation, mais de façon minimaliste.»

L’Institut de twittérature comparée a été créé au cours de l’été dernier par Jean-Yves Fréchette (Québec) et Jean-Michel Le Blanc (Bordeaux). Les internautes peuvent lire sur le site internet de l’organisme sans but lucratif : «L’Institut de twittératurecomparée (ITC) existe parce que Twitter existe. Parce que la littératureexiste. Parce qu’il est possible de rédiger des textes en moins de 140 caractères (espaces compris). Parce qu’on peut être drôle et intelligent à la fois et vice versa.»

L’aventure a commencé l’hiver dernier, lors d’une rencontre avec le maire de Québec, Régis Labeaume qui, au départ n’avait pas la moindre idée de ce qu’était la twittérature.Jean-Yves Fréchette imagine alors un institut dédié à la twittérature.Ce qui était à la base une plaisanterie a finalement vu le jour un peu plus tard avec l’aide de Jean-Michel Le Blanc, alias Centquarante. «L’Institut de twittératurecomparée c’est sérieux, aussi sérieux que l’était le Parti rhinocéros au Québec», rigole Jean-Yves Fréchette.

Assez sérieux en tout cas pour faire partie du Festival littéraire de Québec, en octobre dernier. Les gens ont alors été invités à participeraux 14 différentes épreuves que proposaient les défis borges de l’Institut de twittérature.

Les deux fondateurs prévoient également un festival voué à la nano-littérature en 2012. «On ramasse des idées pour le festival, mais on sait déjà qu’il y aura des compétitions et des spectacles consacrés à la twittérature, assure Jean-Yves Fréchette. On veut créer un grand évènement avec des petits textes.»

Une phrase à la fois

«Il n’en revint pas indemne, à jamais abîmé en ces limbes abyssales,aquatique porte des Enfers aux cerbères inquiétants bien qu’inoffensifs», a rédigé dernièrementJulie Lê sur Twitter.

Contrairement à ses pairs Jean-Michel Le Blanc et Jean-Yves Fréchette, Julie Lê, connue sur twitter sous le nom de Mélusine, écrit un micro-roman. C’est à coup de phrases, composées bien sûr de 140 caractères, qu’elle construit peu à peu une atmosphère et des personnages. Chacune des phrases est un tweet. À lire de bas en haut, chacun des chapitres de son micro-roman met en scène un nouveau personnage. Jusqu’à maintenant, Mélusine a composé sept chapitres et entame son huitième.

«Les phrases doivent obligatoirementêtre courtes, les chapitres également. Toutes les phrases ont de l’importance, elles sont plus condenséesque ce qu’on lit habituellement dans un roman», explique Julie Lê.

La twittératrice a composé les premiers mots de son micro-roman l’an dernier. «En 2009, lorsque je faisais des recherches sur Internet pour trouver des gens qui pratiquaientla twittérature, je ne trouvais pas grand chose. Mais, petit à petit, un milieu s’est créé.»

Avant de connaître la twittérature,Julie Lê faisait régulièrement usage de Twitter. Elle aime pouvoir exploiter la plateforme de façon plus littéraire, pouvoir se jouer de la contrainte et composer petit à petit un roman, 140 caractères à la fois.

Le français en péril?

Professeure et directrice par intérim de l’unité d’enseignementen lettres à l’Université du Québec à Chicoutimi, Anne Martine Parent, craint toutefois que la twittérature entraîne une baisse de la qualité du français,car les twittérateurs pourraientavoir tendance à écrire plus rapidement, à écrire les mots au son, comme les jeunes lorsqu’ils clavardent.

Néanmoins, Anne Martine Parent estime que le nouveau phénomène peut avoir un impact positif : «Tout ce qui encourage l’expression écrite est bien dans un sens.»

La twittérature est en expansion bien qu’il y ait encore peu de twittérateurs sur la toile, et encore moins de gens qui connaissent le phénomène. Avant tout, elle est un passe temps, comme le souligne le fondateur de l’Institutà bordeaux, Jean-Michel Le Blanc, à l’intérieur d’un de ses tweets : «Le plaisir, c’est comme un tweet de 140 caractères. Quand j’arrive au bout du bout, je n’ai plus qu’une envie, recommencerencore et encore.»



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