La Pige

Mercredi le 08 septembre 2010
Prochaine mise à jour le Automne 2010

Arrivée du livre électronique: les libraires ne sont pas inquiets

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Populaire, le livre électronique? Avec la sortie fort remarquée de l’iPad d’Apple à la fin janvier, l’arrivée du Kindle d’Amazon sur le marché canadien en novembre dernier et les ventes grandissantes du Reader de Sony, il y a raison de le croire. Mais cette nouvelle technologie, qui permet pourtant de transporter sa bibliothèque avec soi, n’inquiète pas encore le monde de l’édition et les libraires régionaux, qui n’y voient qu’un milieu encore balbutiant.

Au Future Shop de Chicoutimi, le nouvel étalage de lecteurs de livres électroniques de Sony, qui occupe tout un bout d’allée, intrigue les passants. Plusieurs s’arrêtent pour tâter la tablette, offerte en deux formats: un écran de 5 pouces à 240 dollars et un autre de 6 pouces, avec écran tactile, à 350 dollars. «C’est encore méconnu, mais ça se vend quand même bien», confirme un vendeur. Même que les clients, souvent dans la quarantaine, optent davantage pour le modèle le plus cher, qui leur permet de surligner des passages et de mieux voir le texte.

Cet intérêt pour le livre nouveau genre, qui s’impose sur le marché depuis trois ans, n’inquiète pas du tout les libraires de la région. Bien au contraire. «Je ne crains pas pour l’avenir du livre, ni pour son marché», soutient Diane Perron, gérante du Royaume du Livre. Pourtant, le nouveau Kindle DX permet de stocker près de 3500 livres, et ce, dans une plaquette grande comme la main. Mais Mme Perron persiste et signe. «Les lecteurs, ce sont des gens qui aiment le livre, l’objet. Ce ne sont pas les livres électroniques qu’on va retrouver dans les rayons!», estime la libraire. 

Même son de cloche du côté des Bouquinistes, où le gérant Laval Martel ne perçoit encore aucun intérêt de la part de ses clients. «Ça va sûrement jouer sur les ventes en librairie dans quelques années. Mais le livre est encore trop présent pour qu’on le mette de côté», croit-il. Même avec toutes ses qualités – grande capacité de stockage, facilité d’utilisation, format peu encombrant –, le livre électronique est loin d’être à point, estiment les libraires.

Les droits d’auteur : le talon d’Achille

La question des droits d’auteur, surtout avec les déboires qu’a connus la musique avec le téléchargement illégal, a aussi de quoi inquiéter. Selon la Fédération internationale de l’industrie phonographique (IFPI), les ventes mondiales de musique ont baissé de 30 % de 2004 à 2009. Doit-on s’attendre au même portrait pour les livres? «Si les gens respectent les droits d’auteur et sont conscients des problèmes possibles, le livre électronique pourra peut-être bénéficier d’un avenir prometteur en parallèle à celui du livre papier», estime une libraire du Groupe Archambault, qui désire garder l’anonymat.

Pour le plus important éditeur de la région, Jean-Claude Larouche, des Éditions JCL, l’arrivée du livre électronique n’a rien d’alarmant. «On en parle depuis 10 ans, on titube, on boite, le marché peine à décoller», juge l’éditeur. Encore résistant à numériser la totalité de ses volumes, M. Larouche questionne la rentabilité d’une telle entreprise. Surtout, insiste-t-il, que le prix des ouvrages n’est encore assujetti à aucune règle. «Certains vendent les livres à 80 % du prix, d’autres à 50 %, d’autres moins de 10 dollars… Avant de me lancer là-dedans, je les laisse cafouiller», tranche l’éditeur. 

Si le livre électronique contraint à l’achat de livres numériques sur le web, par exemple sur la première boutique francophone du genre lancée par Archambault (jelis.ca), d’autres pensent déjà à un système d’emprunt de livres numériques. Dans la région, le réseau des bibliothèques commence à s’y intéresser, mais il est encore trop tôt pour tirer des conclusions. «On ne peut pas réagir rapidement. Il faut une demande, des infrastructures, des systèmes de gestion documentaire qui vont permettre la transaction de ces nouveaux fichiers», indique Sophie Bolduc, directrice générale du Réseau BIBLIO du Saguenay-Lac-Saint-Jean. 

De l’avis de tous, si la prudence est de mise, c’est surtout que le livre électronique n’est pas encore à point. Manque de ressources, rareté des livres francophones et québécois, fragilité du support… Pour la libraire d’Archambault, une autre grande question se pose, qui concerne les amoureux de littérature. «Qui voudra traîner son livre électronique si fragile et dispendieux dans le bain, en plein air ou sur le sable de la plage?» 

 

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