La Pige

Mercredi le 08 septembre 2010
Prochaine mise à jour le Automne 2010

Nourrir le monstre

Envoyer Imprimer PDF

Ça brasse dans les médias régionaux ces temps-ci. Quebecor a rudement mis à pied 20 employés du Réveil, en menaçant de mettre la clé sous la porte. Corus Québec a dilué la programmation locale de CKRS. Et c’est ainsi que l’indice montréalisation monte sournoisement, aux dépens de l’information régionale déjà fragilisée. Encore.

 

Oui, Le Réveil n’a pas rendu l’âme à sa 65e année d’existence. Mais à quel prix? La nouvelle convention collective des cinq employés sauvés des compressions fait reculer considérablement leurs conditions de travail. Et, du même coup, la qualité de l’information.

 

À preuve, selon la redéfinition de tâches proposée (lire : imposée) par l’employeur, n’importe qui dans la boîte pourra maintenant s’improviser journaliste. Même que si les cadres du journal ne voient pas l’intérêt de remplacer un syndiqué, ils pourront effectuer ses tâches. Très rassurant. Advenant une telle situation, la rigueur sera-t-elle au rendez-vous?

 

Oui, aucun employé de CKRS n’a été licencié des suites du remaniement de la programmation, qui permet désormais à la région de syntoniser Paul Arcand le matin, en lieu et place de Myriam Ségal. Mais il est tout de même aberrant de voir un groupe médiatique sabrer dans le contenu local d’une émission matinale fort écoutée et appréciée. Rentable, par surcroît.

 

Dans un contexte de crise publicitaire, la décision de Corus de déployer dans quatre régions l’émission radiophonique la plus écoutée à Montréal (Puisqu’il faut se lever) fait miroiter un plus grand rayonnement aux annonceurs nationaux plus frileux tout en conservant dans son giron les annonceurs régionaux, toujours au poste. Ce qui revient à dire : au diable la notion de proximité et les auditeurs au nom de la stratégie financière.

 

Par conséquent, ce qui saute aux yeux de l’opinion publique dans cette manoeuvre, c’est l’infatigable montréalisation des médias d’ici. En 2008, lors d’une tournée à travers la province, le Conseil de presse a colligé les perceptions des citoyens sur l’état des médias au Québec. Ceux-ci ont notamment soutenu qu’il y avait clairement montréalisation et surreprésentation des informations métropolitaines dans les médias et que la centralisation des salles de nouvelles les préoccupait.

 

Deux ans plus tard, la situation ne s’est guère améliorée. D’autant plus qu’à l’heure actuelle, Le Quotidien négocie sa prochaine convention collective. Et il n’est sans doute pas à l’abri d’une plus importante «La-Presse-isation» de son contenu. Prêt à tout, le syndicat des employés du seul quotidien du Saguenay—Lac-Saint-Jean détient même un mandat de grève.

 

Quand ils ne sont pas victimes de l’homogénéité de l’information, les médias locaux se butent souvent à des ressources limitées, à des problèmes d’intimidation et à la volonté de certains de contrôler l’information.

 

Avec tout ça, le multitâche s’immisce lentement mais sûrement dans le travail des salariés des entreprises de presse. Cette nouvelle façon de faire est justifiée à raison par l’évolution des médias et l’essor d’Internet, pourvu que les employeurs ne mettent pas à bout les journalistes en prétextant l’air du temps.

 

Le danger, c’est justement de profiter de la précarité et des mutations du journalisme pour infliger des conditions de travail déraisonnables et pernicieuses pour l’avenir de la profession. Car, oui, il faut nourrir le monstre. Mais pas n’importe comment. 

 

Contactez-nous

lapige@cjonquiere.qc.ca

418-547-2191 #7260 

Espace journaliste

  • Se connecter
  • S'inscrire
    Inscription
    *
    *
    *
    *
    *
    Les champs marqués d'un astérisque (*) sont requis.